Les systèmes d'alerte sont-ils efficaces ? 
Jean-Louis San Marco
Chef du laboratoire de Santé Publique, Faculté de Médecine de Marseille

Plusieurs circonstances météorologiques aiguës n'ont pas déclenché les précautions qui auraient pu en réduire l'impact sanitaire : vague de froid de Pâques 1998 dans le sud-ouest, tempête de 1999, inondations cévenoles, canicule de 2003…

Si les inondations ne sont pas un phénomène uniquement météorologique, dans tous les cas les météorologistes sont des scientifiques et non des communicants. Mais surtout pour devenir opérationnelle une alerte météo doit être reprise par les médias. Il la faut pour cela précise, claire, opératoire, mais elle doit surtout correspondre aux préoccupations de notre société, nées de confrontations préalables.

Lors de la canicule de 2003 le message d'alerte a été techniquement parfait mais n'a pas été repris en temps utile. La presse nationale a eu d'autres intérêts pendant tout cet été chaud : écologie, économie, sports, controverse politique, faits divers… ont submergé le message sanitaire. Le problème sanitaire n'a été traité que brièvement et bien trop tardivement pour être opératoire.

Il est nécessaire pour qu'il devienne efficace déterminer le lien exact entre les conditions climatiques et le risque sanitaire, les températures à prendre en compte, le niveau d'apparition du danger, les frontières des populations exposées, voire enfin les précautions spécifiques à proposer. Et enfin faire savoir tout cela à l'opinion bien en amont de l'épisode dangereux. Cela a été fait par la collaboration entre la météorologie et l'INVS. En 2006 sur Marseille trente cinq jours de chaleur dangereuse n'ont pas entraîné la moindre surmortalité

Plus qu'une analyse ponctuelle de chaque crise il importe de suivre l'évolution de leur gestion. Nous avons fait des progrès : si les neuf épisodes caniculaires majeurs de 1904 à 1976 sont passés inaperçus, le niveau de danger est maintenant connu, une définition sanitaire de la canicule existe, les index Météo-InVS ont donné un outil adapté, à l'efficacité démontrée.

Les bulletins d'alerte de tous ordres se sont multipliés et leur utilisation pratique est généralisée (vent, température, pluie, brouillard, neige…)

Mais l'indifférence sociale demeure vis-à-vis du danger du froid. La surmortalité hivernale reste méconnue dans toute l'Europe malgré des chiffres maintenant bien connus. Il reste à faire pour le froid le progrès réalisé pour la chaleur.

Les messages météorologiques d'alerte ne doivent pas se substituer aux messages sanitaires mais ils doivent les préparer pour les rendre efficaces..