Surmortalité hivernale
Daniel Rousseau
Conseil Supérieur de la Météorologie

Le nombre mensuel de décès en France présente une variation annuelle, avec un maximum hivernal systématique, généralement en janvier, plus ou moins accentué. Par rapport à une répartition régulière des décès dans l'année, on constate un excédent de décembre à mars de 15000 décès environ depuis une trentaine d'années. Dans les années 50 cette surmortalité était deux fois plus grande ; elle a ensuite régressé régulièrement de 1955 à 1975.

En croisant les données d'anomalies mensuelles de température moyenne sur la France et celles des excédents de décès, on observe que les années de fortes anomalies s'accompagnent de surmortalités importantes, comme par exemple en 1963 où l'excédent hivernal a atteint 50000 décès.

Des comparaisons faites tant entre les pays européens qu'à l'intérieur des Etats-Unis indiquent que les régions de climat plus doux souffrent également de surmortalité hivernale. En Europe on note même une situation un peu paradoxale de faible surmortalité hivernale dans les pays nordiques, alors que la surmortalité hivernale est beaucoup plus forte dans des pays de climat plus doux comme l'Angleterre, l'Espagne ou le Portugal.

D'une étude approfondie récente faite sur la population des Etats-Unis (Roland Rau, 2007), où le taux de surmortalité hivernale est comparable à celui de l'Europe, on retiendra les points principaux suivants, également constatés dans d'autres études plus partielles :
- la saisonnalité des décès s'accentue avec l'âge
- la saisonnalité est la plus marquée pour les maladies respiratoires (rapport hiver/été pour les USA : 1,62) et est assez marqué pour les maladies cardiovasculaire (rapport 1,21)
- les maladies cardiovasculaires et ensuite les maladies respiratoires sont les principaux responsables de l'excédent de décès hivernaux.

Mieux connaître les facteurs responsables de la surmortalité hivernale pour élaborer des mesures de prévention sur des bases solides pourraient concourir à une atténuation de l'excédent de décès hivernaux et sans doute aussi concourir sur l'ensemble de l'année à une diminution de la mortalité due aux maladies les plus sensibles aux conditions hivernales.