| Étude de l'impact de la canicule d'août 2003 sur la population européenne |
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Jean-Marie Robine Directeur de Recherche, Laboratoire Démographie et Santé, INSERM |
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Si tout le monde se souvient
que la vague de chaleur d'août 2003 a entraîné
15.000 décès supplémentaires en France,
personne ne connaissait le nombre total des victimes à
l'échelle européenne. C'est pourquoi une évaluation
globale de l'excès de mortalité accumulé
durant l'été 2003 a été effectuée
à la demande de l'Europe. L'étude a porté
sur 16 pays. L'analyse de la période de référence, 1998-2002, montre que le jour de l'été n'explique qu'entre 2 et 3% de la variance des décès observés pendant la période estivale alors que l'année d'observation et le pays en expliquent chacun entre 5% et 6% ; ce qui est négligeable et nous permet d'analyser la mortalité estivale d'un seul bloc. Au cours de l'été 2003, on note 3 pics principaux de mortalité, le pic du 13 juin, le double pic des 16-21 juillet et enfin le pic des 12-13 août qui apparaît exceptionnel par son ampleur. On note aussi des surmortalités persistantes fin juin et durant septembre. Sur un total de 1 952 jours d'été, correspondant aux 16 pays étudiés, 147 dépassent les bornes délimitant les valeurs extrêmes hautes, soit 7.5% du total. Cinquante jours dépassent les bornes délimitant les valeurs exceptionnelles. Au total, plus de 80 000 décès supplémentaires ont été enregistrés en 2003 dans les 12 pays concernés par l'excès de mortalité par rapport à la période 1998-2002. Si 70 000 de ces décès supplémentaires se sont produits durant l'été, plus de 7 000 se sont produits après. Pour le seul mois d'août, on a enregistré près de 45 000 décès supplémentaires mais également plus de 11 000 en juin, plus de 10 000 en Juillet et près de 5 000 en septembre. La crise de mortalité du début août s'est étalée sur les 2 semaines allant du 3 au 16 août. 15 000 décès supplémentaires ont été enregistrés la première semaine et près de 24 000 la seconde. Cette semaine là, le ratio de surmortalité atteint la valeur exceptionnelle de 96.5% en France et des valeurs qui dépassent 40% au Portugal, en Italie, en Espagne et au Luxembourg. La surmortalité dépasse 20% en Allemagne, en Suisse et en Belgique et 10% dans tous les autres pays. Les cartes au niveau des régions européennes (NUTS 2) précisent le contour de la crise de mortalité du début août qui n'a respecté aucunes frontières. Cette crise a entraîné de fortes distorsions dans la structure des décès par sexe et âge. Ainsi le 12 août en France, la part des décès de plus de 95 ans a atteint 8.9% du total, soit une augmentation de 46% par rapport à la part attendue. La part des décès féminins a augmenté de 21% le même jour. Au-delà d'un retour à la normale, aucun effet général de moisson n'a pu être observé dans les semaines et les mois qui ont suivi la crise de mortalité. Nos observations suggèrent ainsi qu'à coté d'une crise de mortalité exceptionnelle, telle celle du début août que personne ne peut ignorer, peut coexister une succession de crises moins importantes qui passent largement inaperçues et dont les résultats cumulés sur l'été peuvent être globalement aussi importants. La France et l'Italie ont ainsi cumulé le même excès de mortalité durant l'été 2003, +19 490 et +20 089 décès respectivement, avec des profils d'accumulation au cours de l'été très différents. Ces résultats suggèrent qu'une centralisation des décès quotidiens à un échelon suffisamment grand, comme un regroupement de régions ou de pays pour ceux ayant des populations de petite taille, devrait permettre de mieux surveiller un excès de mortalité estival potentiellement du au réchauffement de la planète. |